• Tenirtamain

La Vie : "La culture pour panser les plaies du Covid"

Dernière mise à jour : juil. 6


Stéphanie Bataille est comédienne et directrice du théâtre Antoine, à Paris, Laurent Frémont est conseiller en affaires publiques et doctorant en droit. Ensemble, ils ont créé en mars le collectif Tenir ta main pour mettre en lumière les conditions de vie des patients Covid en hôpital. ​ • TENIR TA MAIN



« Même pas le droit de leur tenir la main avant qu’ils s’en aillent, quelques mots pour leur faire du bien, comme si c’était mal », chante Louis Chedid dans Tenir ta main, un nouveau titre sorti le 14 avril. Le clip qui l’accompagne fait défiler les photos de personnes décédées du Covid à qui il rend hommage.


Cette initiative n’est pas isolée. Alors que la réouverture des salles de spectacle se fait toujours attendre, depuis quelques semaines de nombreux artistes, principalement issus du théâtre, se mobilisent pour venir en aide aux personnes les plus isolées ou alerter sur la façon dont sont traitées les victimes de la pandémie. Un soutien qui vient encore une fois démontrer le rôle essentiel de la culture pour accompagner, réconforter ou aider à guérir les maux de la société.


Mobiliser l’opinion publique


C’est à la comédienne et directrice du théâtre Antoine, à Paris, Stéphanie Bataille, que Louis Chedid a dédié son nouveau single. Avec Laurent Frémont, celle-ci a créé le collectif Tenir ta main en mars, pour mettre en lumière les conditions de vie des patients Covid en hôpital, qui parfois meurent sans pouvoir dire adieu à leur famille. Les deux associés ont tous les deux perdu leur père dans ces conditions.

« Je connais Louis Chedid depuis des années, il a été bouleversé par le départ de mon père qu’il aimait énormément. Je lui ai dit qu’il avait carte blanche s’il avait envie d’en faire une chanson. Il m’a demandé de lui envoyer des mots-clés, et 15 jours plus tard, j’ai reçu Tenir ta main », raconte Stéphanie Bataille. Avec Laurent Frémont, elle espère mobiliser suffisamment l’opinion publique pour faire « inscrire dans la loi un droit aux visites des proches dans tous les établissements de santé, à tout moment de l’hospitalisation ».

Avant Louis Chedid, 31 comédiennes et comédiens, dont François Berléand, Julie Gayet et Lambert Wilson, ont répondu à son appel. Ils se sont filmés en train de lire le témoignage d’anonymes exprimant leur colère de ne pas avoir pu dire un dernier adieu à leurs proches emportés par la maladie.

« Mon père a été placé dans une unité Covid à l’hôpital, qui ne permet aucune visite de la famille. Nous nous retrouvons (…) devant une porte où est affiché : “Interdit de rentrer, Covid”, avec un digicode. (…) Nous n’avons pas pu revoir notre père alors qu’il nous réclamait à cor et à cri », récite par exemple l’acteur Charles Berling dans l’une de ces vidéos.


« Les artistes ont un rôle d’éclaireurs »


Dès la genèse du collectif Tenir ta main, Stéphanie Bataille était sûre de pouvoir compter sur ses confrères. « Les comédiens montent sur scène pour dénoncer quelque chose qu’ils n’ont pas supporté. C’est le fondement même de cette profession », affirme-t-elle. « Les artistes ont un rôle d’éclaireurs de conscience à jouer dans une époque où on semble avoir perdu les repères les plus élémentaires », abonde Laurent Frémont.

La directrice du théâtre Antoine est fière de l’engagement du secteur culturel auprès des personnes les plus touchées par la pandémie et notamment de l’initiative du Théâtre de la Colline. « J’ai moi-même réalisé, avec la Mairie de Paris, des lectures de poèmes par téléphone à des personnes âgées durant le premier confinement. Je trouve cela formidable car cela permet de maintenir un lien avec elles », assure-t-elle.

6 vues0 commentaire