• Tenirtamain

Famille Chrétienne : "Laurent Frémont : Mon père est mort seul, privé des derniers sacrements »

Dernière mise à jour : juil. 6

A cause de l’épidémie de COVID-19, Laurent Frémont n’a jamais pas pu dire adieu à son père, mort à l’hôpital en octobre. Aujourd’hui, il se bat avec le collectif Tenir ta main pour que les familles puissent voir les patients hospitalisés.



Qu’est-il arrivé à votre père ?

En octobre dernier, mon père, Dominique Frémont, 70 ans, a été hospitalisé à la clinique Axium d’Aix-en-Provence. Pendant les dix-sept jours de son hospitalisation, nous n’avons pas été autorisés à lui rendre visite. Mon père est mort seul, privé des derniers sacrements, d’une septicémie contractée dans ce service. Nous avons même été interdits de lui faire nos derniers adieux.


En pleine troisième vague du Covid-19, qui peut garantir aux familles qu’elles pourront dire adieu à leurs proches en fin de vie ?

Il y a une contradiction immense entre les grands discours et la réalité. Le 16 février dernier, Olivier Véran affirmait que les visites devaient être autorisées. Or, sur le terrain, on laisse aux directeurs d’établissements la libre appréciation du droit de visite. Par-dessus tout, une certaine conception de la vie hygiéniste et matérialiste justifie malheureusement toutes les situations inhumaines que nous connaissons.


Votre histoire a rencontré un large écho dans l’opinion publique. Avez-vous reçu des soutiens parmi les parlementaires ?

Beaucoup de parlementaires, de tous horizons, soutiennent notre collectif Tenir ta main. Je voudrais rendre hommage particulièrement au sénateur Bruno Retailleau qui s’est emparé très tôt de ce sujet et s’est toujours montré à notre écoute. Il prépare actuellement une proposition de loi qu’il déposera au Sénat début mai.


La semaine dernière, certains députés ont soutenu un projet de loi en faveur de l’euthanasie. N’est-ce pas paradoxal à l’heure de la lutte contre la pandémie ?

C’est le paradoxe d’une société dite « progressiste ». Elle se dit prête à tout pour sauver des vies, mais finalement elle fragilise le vivant et blesse l’homme… À n’importe quelle époque, y compris les plus tragiques de notre histoire, on a honoré nos morts. Mais nous sommes arrivés à un tel refus de la mort et à un tel mépris de la vie que l’on prive des familles des derniers adieux à leurs proches. Je pense qu’une fin de vie digne, c’est avant tout de pouvoir mourir entouré des siens.


Et avec les secours de la religion si possible ?

Évidemment. Dans certains établissements hospitaliers, on assiste à de véritables violations de conscience en refusant les derniers sacrements aux mourants et rites mortuaires aux défunts. C’est totalitaire de refuser un accompagnement spirituel à un malade au crépuscule de sa vie. C’est un recul de civilisation considérable.


Comment votre collectif vient-il en aide aux patients et à leurs proches ?

Ce qu’il y a de tragique dans cette situation, c’est que les proches des patients sont désemparés face à l’arbitraire des directions. Avec Tenir ta main, on propose une assistance juridique et psychologique aux victimes. Nous voulons faire reconnaître un droit opposable aux visites des patients. Quand le droit de visite, officiellement reconnu par la loi, est bafoué par les directions d’établissements, les proches pourront saisir en urgence le juge des référés pour faire ouvrir les portes des services. Notre but est de remettre l'humain au coeur du système de santé et de fin de vie.C’est le message de notre chanson « Tenir ta main », chantée par Louis Chedid, qui interpelle nos décideurs.


Le gouvernement envisage une journée de deuil national pour les victimes de la crise sanitaire. Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas besoin de l’État pour faire mon deuil. J’ai juste besoin que l’État fasse en sorte que les vivants d’aujourd’hui soient traités dignement. Le meilleur moyen de rendre hommage à nos défunts serait que les malades et les agonisants d’aujourd’hui soient entourés avec humanité. Pour moi, la priorité est vraiment de faire en sorte que tous ceux qui vont partir, dans les jours à venir, puissent le faire dignement.


4 vues0 commentaire