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Elle se bat pour les malades du Covid privés d’adieux

Dernière mise à jour : mars 22


Stéphanie Bataille n’a pas pu dire adieu à son père, mort du Covid à l’hôpital. Elle se bat pour que les familles des malades puissent les voir « avant le dernier moment ».Fille du comédien Étienne Draber décédé en janvier 2021 des suites du Covid 19, Stéphanie Bataille a lancé une pétition pour que les familles puissent visiter leurs proches hospitalisés, victimes du Covid.



Je me battrai jusqu’au bout. Je ne lâcherai rien. Pour mon père. Et pour vous. ​La vie de Stéphanie Bataille a basculé le 11 janvier 2021. Le jour de la mort de son père. Comédien, comme elle, Étienne Draber était entré à La Salpêtrière, à Paris, un mois plus tôt. À 81 ans, cardiaque, il s’est fait poser un clip sur la valve mitrale. L’opération s’est bien passée. Avant que le Covid ne fasse son entrée.

Vous verrez le patient au dernier moment Testé positif le 26 décembre, le patient ​a été gardé par l’hôpital. Changé de service. Et coupé du reste du monde. Visites interdites. « La seule chose dont il avait besoin, c’était nous. Il nous a demandés, on nous l’a refusé. Lors des échanges autorisés, par tablette numérique, il nous disait Sortez-moi de là, sinon je vais crever ​. La réponse de l’hôpital a été : Vous verrez le patient au dernier moment ​. » Formule infernale. Sans équivoque. Appelée au chevet de son père mourant, Stéphanie Bataille peut l’apercevoir une dernière fois. À travers une vitre. Il était nu, les mains attachées pour qu’il n’enlève pas son masque. ​Il l’appelle, mais seul son frère est autorisé à entrer dans la chambre. Je n’avais plus embrassé mon père depuis le premier confinement, en mars 2020. Je ne l’embrasserai plus jamais. Son corps a été placé comme ça, dans une house étiquetée d’un code-barres. On n’habille pas les morts du Covid. Nous n’avons pas eu droit à l’adieu au visage. Je ne sais toujours pas si c’est bien mon père qui est dans le cercueil que nous avons porté en terre.

Aider toutes les familles atomisées par la même tragédie Souffrance. Incompréhension. Révolte. Traumatisée par cette fin cauchemardesque, Stéphanie Bataille met des mots sur l’innommable. Use de ses réseaux, de son énergie et de son incommensurable colère pour témoigner de ce que sa famille a vécu. Dans les journaux, sur les plateaux télé et radio, sur les réseaux sociaux… La mission qu’elle s’est fixée ? Aider toutes les familles atomisées ​par la même tragédie. Fédérer celles et ceux qui ont été empêchés de se tenir aux côtés de leurs proches agonisants. Et parler pour eux. Elle a porté plainte contre X – lire ci-dessous la réponse de l’hôpital – pour non-assistance à personne en danger et homicide involontaire ​. Elle a ouvert une pétition en ligne (sur change.org) demandant au Président et au ministre de la Santé à ce que les familles puissent visiter leurs proches, quelle que soit la cause de leur hospitalisation, et que les hôpitaux mettent à leur disposition les effets nécessaires (surblouses, gants…) pour que cela se fasse sans risque ​. Plus de 40 000 personnes l’avaient déjà signée hier.

« Brigitte Macron pensait que c’était un cas isolé » « De quel droit nous interdit-on l’entrée de l’hôpital ? J’aimerais comprendre, s’insurge Stéphanie. On ne me répond pas. Brigitte Macron nous a bien reçus, ma mère, mon frère et moi, en nous disant qu’elle ferait remonter ​, mais elle pensait que notre histoire était un cas isolé. » C’est l’idée qui prime au sommet de l’État. Ce mardi 16 février 2021, à l’Assemblée, la députée socialiste du Gers Gisèle Biémouret a demandé à Olivier Véran s’il comptait donner des directives nationales contraignantes ​pour autoriser la présence des familles auprès de leurs malades. Inutile, lui répond le ministre de la Santé, les consignes existent déjà et elles sont claires : Les familles ont le droit de pouvoir visiter les personnes malades dans des conditions humaines. Nous avons levé rapidement toutes les contraintes au printemps dernier ​.

Continuer à faire passer le message C’était le mot d’ordre effectivement donné par le président de la République à l’issue du tout premier confinement. Il était sans ambiguïté aucune, mais ce n’est pas respecté ​, affirme Stéphanie Bataille en s’appuyant sur les innombrables témoignages qu’elle a collectés depuis le début de son combat. « Les directeurs d’hôpitaux font ce qu’ils veulent. Ces petits hommes gris ne veulent pas s’embarrasser des proches des malades. Ils ne savent plus accueillir, craignent que nous ne prenions du temps aux soignants ou que nous soyons témoins de maltraitances. La phrase clé, c’est toujours vous verrez le patient au dernier moment ​ ! » Persuadée que des milliers de familles ont vécu le même calvaire que la sienne ces derniers mois, elle va continuer à faire passer le message. Notre famille a toujours eu confiance dans l’hôpital, dit-elle. ​Pour moi, c’était un lieu de vie. Mon grand-père, ma grand-mère en étaient revenus guéris. Pour mon père, ça a été Hiroshima. En oubliant les rites qui font notre humanité, on transforme l’hôpital en charniers organisés. Au détriment des gens exceptionnels qui y travaillent. C’est aussi pour eux, les médecins au bout du rouleau, les infirmières formidables que nous avons rencontrés et qui refusent d’être complices de cette déshumanisation ​, que Stéphanie Bataille veut continuer. Et pour que l’hôpital ne prenne pas insidieusement l’habitude de fermer ses portes aux visiteurs, y compris quand la pandémie sera terminée ​.

La position de l’AP-HP L’AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris, dont dépend La Salpêtrière) a répondu à Stéphanie Bataille par un communiqué diffusé le 29 janvier. L’institution y précise qu’Étienne Draber a déclaré les symptômes de Covid-19 au cours de son hospitalisation durant laquelle il recevait des visites dans sa chambre individuelle alors que l’ensemble du personnel en contact avec lui a été testé négatif . L’hôpital affirme qu’il a été considéré, en concertation avec la famille, qu’il était préférable que les proches, porteurs de la Covid-19 et symptomatiques, ne rendent pas visite au patient ». L’AP-HP précise par ailleurs qu’elle applique les recommandations de limitation des visites afin de protéger du risque de contamination les patients et les personnels . Les visites des patients atteints de Covid-19 ne sont pas autorisées, sauf circonstances exceptionnelles notamment situation de fin de vie, difficultés psychologiques majeures du patient, situation particulière d’un patient mineur . Des visites restent donc malgré tout possibles en fonction de l’état de santé du patient, sur décision médicale, en concertation avec les familles , indique l’AP-HP. Dans un autre communiqué, l’AP-HP explique avoir recensé 1 262 cas de contamination de patients à caractère potentiellement nosocomial dans ses établissements depuis juillet 2020. Ce nombre est à mettre en regard des 300 000 patients hospitalisés pendant la même période et des 12 500 cas de Covid-19 pris en charge dans les trente-neuf hôpitaux de l’AP-HP .

Pour un «droit de visite opposable» La famille de Laurent Frémont, 29 ans, a vécu une situation similaire à celle de Stéphanie Bataille. Le père du jeune homme, chirurgien retraité, est décédé du Covid dans une clinique d’Aix-en-Provence sans que ses proches puissent lui rendre visite. Dans une tribune publiée le 10 février dernier par Marianne,Laurent Frémont demande aux « autorités politiques et administratives [de]mettre en place sans tarder un droit opposable ​aux visites des proches, qui pourrait être opposé à l’arbitraire des personnels administratifs par saisine du juge des référés ».

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